Le public adolescent

Voici la réponse proposée il y a quelques-temps à un jeune magicien qui m'interrogeait sur l'art et la manière de captiver un public d'adolescents et de jeunes (disons 15 à 25 ans). Merci donc à Benjamin (de Bordeaux).

Ce public très spécial est constitué de plusieurs entités différentes des enfants ou des adultes. Ils acceptent plus difficilement l'idée de se « faire avoir », surtout les garçons face à leurs copines. Le sentiment est souvent de la crainte d'assister à une spectacle pour enfants. D'autres cherchent la confrontation et ne veulent pas qu'un des leurs ait la vedette. Ils sont capables de bousiller ton travail par peur de ne plus être leader...

Alors, pour faire affaire avec ces jeunes, il faut beaucoup d'aplomb, et ne pas du tout se prendre au sérieux. Pas de « déguisement de magicien », pas de poudre de perlin-pinpin, et un choix draconien des effets qui ne doivent surtout pas ridiculiser l'un ou l'autre des spectateurs. Il faut de l'humour, voir de la dérision (surtout vers soi même) et peut-être draguer subtilement les filles du groupe qui deviendront alors des alliées : si ça les intéresse, alors les garçons vont s'y intéresser. (Bien entendu, je m'adresse là à des magiciens masculins... malheureusement l'immense majorité). Il est préférable de commencer en intrigant soit par des fioritures de cartes soit par des effets « bizarre ». En fait, il faut ouvrir le dialogue afin que les jeunes aient l'impression que ce sont eux qui sont demandeurs : ils sont curieux de comprendre ce qui vient de se passer, ou doutent de ce qu'ils ont vu et vont vouloir qu'on recommence. Alors, là c'est gagné.

Surtout, il faut des effets rapides, percutants et variés pour installer le personnage en quelques secondes et provoquer le désir d'en voir davantage : à la différence des enfants et des adultes qui viennent pour voir de la magie ou pour s'amuser, la plupart des jeunes acceptent seulement qu'on leur en montre... un peu. Il faut faire ses preuves sur place car les annonces ne suffisent pas. En effet, pour eux, ils ont passé l'âge de voir un magicien car ils pensent que la magie, ce n'est que ce qu'ils ont vu étant enfants, à l'école : des foulards, des fleurs et des lapins. Alors, proposons leur X-Files, des références au cinéma, du sexe, un téléphone portable... je ne sais quoi. Mais surtout, c'est une question de personnalité ... et d'âge. Quoique tu tentes, à 19 ans, tu auras souvent du mal avec les ados. Moi, j'ai 37 ans... ça aide, crois moi.

 Mars 2000, publié sur Virtualmagie.com

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